Un profil de réseau social n’est pas un carnet d’adresses : c’est une base de données alimentée en continu. Chaque photo, chaque « j’aime », chaque connexion depuis un téléphone renseigne la plateforme sur vos horaires, vos relations et vos habitudes d’achat. Cette matière première a une valeur, et elle est conservée longtemps après que l’on a oublié avoir publié quelque chose.
La question utile n’est donc pas de savoir si les plateformes collectent des données, mais ce qui reste stocké, qui y accède, et ce que l’on peut encore régler soi-même. Le sujet devient plus concret encore quand un compte de mineur entre dans le foyer : le droit français fixe ici des règles précises, avec un seuil d’âge et un accord parental. Voici ce qu’il faut retenir, et les réglages qui pèsent réellement.
En bref
- Les données publiées sur un réseau social restent des données personnelles : elles peuvent être consultées, téléchargées, effacées et rectifiées au même titre que les autres.
- Pour les traitements qui reposent sur le consentement, un mineur de moins de 15 ans ne décide pas seul : l’accord d’un parent est requis, comme le prévoit l’article 45 de la loi Informatique et Libertés.
- La loi du 7 juillet 2023 a fixé à 15 ans l’âge prévu pour une inscription autonome sur un réseau social, avec une solution technique côté plateforme.
- Aucun réglage ne remplace deux gestes de base : un mot de passe unique par service et la double authentification activée.
Sommaire
Ce que les plateformes conservent réellement
Une publication est le sommet visible d’un ensemble plus large. Autour d’elle, la plateforme conserve les métadonnées : date, lieu approximatif, appareil utilisé, interactions reçues, mais aussi les messages privés, les brouillons et parfois des éléments que l’on croyait supprimés. La CNIL recommande d’ailleurs de télécharger l’archive de ses données pour savoir précisément ce qu’un service détient après plusieurs années d’usage, et pour vérifier s’il utilise encore des informations que l’on pensait effacées.
Cette archive doit être manipulée avec prudence : il est déconseillé de la télécharger sur un ordinateur public ou professionnel, mieux vaut la conserver dans un dossier chiffré ou la supprimer une fois consultée, et effacer l’e-mail contenant le lien de téléchargement dès qu’il a servi.
Le droit d’accès ne s’arrête pas là. Toute personne peut demander à un organisme une copie de ses données, savoir comment elles sont utilisées et vers qui elles sont transmises. S’y ajoute le droit à l’effacement, qui est le levier concret quand une publication ancienne remonte dans les résultats de recherche ou qu’une plateforme conserve un contenu publié par un tiers.
Un point mérite d’être rectifié, car il circule souvent : publier sous pseudonyme ne rend pas anonyme. La CNIL alerte sur le recoupement d’informations, c’est-à-dire la possibilité de reconstituer une identité en croisant plusieurs publications anodines, un pseudo réutilisé ailleurs, une photo de lieu reconnaissable et quelques détails de vie quotidienne.
Comptes de mineurs : ce que dit le droit français
Le seuil de 15 ans revient dans plusieurs textes, ce qui crée des confusions. Sur le terrain du consentement, l’article 45 de la loi Informatique et Libertés prévoit que, pour les traitements en ligne qui reposent sur un consentement non contractuel, le ou les titulaires de l’autorité parentale doivent donner leur accord conjointement avec celui de leur enfant de moins de 15 ans. La CNIL précise que cet accord peut, en principe, n’être donné que par un seul parent, l’autre étant présumé d’accord mais devant pouvoir s’y opposer.
La CNIL apporte une nuance importante : les textes ne reconnaissent pas une « majorité numérique globale » à 15 ans. Le règlement européen n’ouvre pas, à lui seul, la capacité de s’inscrire sur un réseau social sans son représentant légal, et le droit commun de la minorité continue de s’appliquer, avec l’appréciation des juges sur ce qui relève d’un acte courant. Autrement dit, l’âge de 15 ans ouvre des droits sur certaines décisions en ligne, il ne transforme pas un adolescent en majeur numérique.
Le seuil a néanmoins été repris par la loi du 7 juillet 2023 relative à la majorité numérique, qui prévoit un âge de 15 ans pour s’inscrire seul sur un réseau social et impose aux plateformes de mettre en place une solution technique lors de l’inscription, avec des exceptions pour les encyclopédies en ligne et les répertoires éducatifs et scientifiques à but non lucratif.
Ces règles existent parce que la réalité des usages les précède largement. Dans une enquête de l’association Génération Numérique reprise par la CNIL, 63 % des jeunes de moins de 13 ans déclaraient détenir au moins un compte sur un réseau social. Le même travail relevait que 80 % des parents interrogés ne savaient pas exactement ce que leurs enfants faisaient en ligne. C’est ce décalage, plus que le seuil lui-même, qui justifie de s’intéresser aux outils concrets : pour les adolescents, la CNIL met à disposition depuis décembre 2025 une application gratuite, FantomApp, conçue avec des collégiens, qui aide à tester la robustesse d’un mot de passe, à mesurer la visibilité d’un pseudonyme et à exercer ses droits.

Les réglages qui changent vraiment quelque chose
Les paramètres par défaut d’un réseau social servent rarement la vie privée : ils servent la découverte et le partage. Quelques réglages, décrits par la CNIL, font néanmoins une différence immédiate.
- Verrouiller le compte. Un mot de passe long et complexe d’au moins douze caractères, jamais réutilisé ailleurs, et surtout jamais identique à celui de la messagerie électronique, qui sert souvent à réinitialiser tous les autres.
- Activer la double authentification. Elle transforme un mot de passe volé en tentative inaboutie, puisque l’accès depuis un appareil inconnu demande une confirmation supplémentaire.
- Régler la confidentialité. Limiter la visibilité du profil aux contacts choisis, empêcher l’indexation du profil par les moteurs de recherche, distinguer les amis proches des simples connaissances.
- Reprendre la géolocalisation. Ne l’activer que lorsqu’elle est nécessaire, car elle transforme chaque publication en indication de présence.
- Nettoyer les accès. Désactiver les applications tierces connectées au compte qui ne servent plus, et déconnecter les terminaux dont vous ne vous servez pas.
- Supprimer les profils dormants. Un compte oublié depuis des années reste une porte d’entrée, et son mot de passe n’a probablement pas suivi vos mises à jour récentes.
Ces gestes se recoupent avec ceux qui protègent n’importe quel compte en ligne : la méthode pour reconnaître et bloquer une tentative d’usurpation repose sur la même logique de vérification, et l’usage d’un gestionnaire de mots de passe évite le recyclage des identifiants d’un service à l’autre. À l’échelle d’un foyer, la règle utile est simple : ce qui vaut pour le compte bancaire vaut pour le compte social.
Après un piratage ou une fuite : les bons réflexes
Un compte se fait pirater sans bruit. Les signaux d’alerte listés par la CNIL sont concrets : mot de passe refusé alors qu’il fonctionnait la veille, publications que vous n’avez pas écrites, messages privés envoyés sans votre accord, abonnements ou blocages inexpliqués, ou notification d’un changement d’adresse électronique sur le compte. Face à cela, la marche à suivre est toujours la même : signaler le compte auprès du réseau social, réinitialiser le mot de passe depuis un appareil de confiance, puis parcourir les réglages de sécurité proposés par la plateforme.
Quand l’incident vient de la plateforme et non de vous, un autre cadre s’applique. Une violation de données personnelles oblige le responsable à réagir, à mettre fin à l’incident et à en limiter les effets ; selon le niveau de risque, la violation doit être notifiée à l’autorité de contrôle et les personnes concernées informées. C’est ce qui explique les messages d’alerte reçus après certaines fuites : ils ne relèvent pas de la politesse, ils relèvent d’une obligation.
Deux conseils pratiques complètent la liste. Un ancien contenu gênant peut être signalé auprès de la plateforme, et la CNIL met à disposition des liens utiles pour demander l’effacement d’informations publiées par d’autres. Et si l’on ne sait pas ce qui circule, la meilleure première étape reste de demander sa copie de données : on ne peut pas nettoyer ce que l’on n’a pas identifié.
Ce qu’il faut retenir
La vie privée sur les réseaux sociaux ne se joue pas au moment de la publication, mais avant et après. Avant, avec des réglages posés une fois pour toutes : mot de passe unique, double authentification, profil limité aux contacts, géolocalisation maîtrisée. Après, avec des droits que l’on peut exercer : savoir ce qui est conservé, demander la suppression, signaler un contenu, réagir vite en cas de piratage.
Pour les mineurs, le cadre est plus précis qu’on ne le croit : un accord parental est requis en dessous de 15 ans pour les traitements fondés sur le consentement, et la loi fixe ce même âge pour une inscription autonome. Ces règles ne remplacent pas la conversation familiale, mais elles donnent un repère partagé, et des outils concrets existent pour la rendre plus efficace.





